This is a transcript of our interview with Edith Zemirou, president of the APPAED.

Suite à votre demande, notamment de fans anglophones ! Voici une retranscription de l'interview d'Edith Zemirou, présidente de l'APPAED, effectuée durant le 2e numéro de Rien que d'y penser…

naglaglasson ► nag

éParcurien ► éP

TWDC ► The Walt Disney Company

OPA ► Offre Publique d'Achat

nag : On accueille Edith Zemirou. Bonjour.

Edith : Bonjour.

nag : Vous êtes présidente de l'APPAED, l'Association des Petits Porteurs d'Actions Euro Disney.

Edith : Exactement.

éP : Est-ce que vous pouvez nous présenter l'association ? Pourquoi a-t-elle été fondée…

Edith : L'APPAED a maintenant un peu plus de 5 ans d'existence, elle a été créée par quelques actionnaires, nous étions 5 ou 6 au départ, et nous nous posions des questions, nous voulions comprendre les chiffres que donnaient la Walt Disney Company, et surtout Euro Disney, pour essayer d'avoir plus d'informations.

Nous avons créé cette association qui était également destinée à faire entendre notre voix. Ç'a été créé en novembre 2011.

éP : Revenons en arrière et présentons Euro Disney. C'est une société créée en 1989 et qui est l'exploitant du Resort Disneyland Paris…

Edith : Ce n'est pas tout à fait l'exploitant, Euro Disney SCA est une société qui ne fait qu'avoir des actions et les gérer. L'exploitant est Euro Disney Associés, une société dépendant à 100 % de la Walt Disney Company.

éP : Euro Disney SCA est divisé en 2 parties :

- Les commanditaires, les actionnaires,

- Les commandités, les gestionnaires : Euro Disney Associés, donc la Walt Disney Company.

Edith : En plus d'être commandités, TWDC est commanditaire.

éP : Oui, au début, ils détiennent à peu près 40 % des actions.

Edith : 39 %, oui.

éP : Avant même l'ouverture des parcs, Euro Disney est criblé de dettes et a, très vite, des résultats compliqués : une réussite commerciale, les gens sont attirés par le produit, ils ont des visiteurs, plus de 10 millions la première année, mais un échec financier avec des pertes pratiquement tous les ans. À l'exception d'une belle période de 1995 à 2001 [entre +17 et +45 millions d'euros], puis des résultats retombant dans le négatif à partir de 2002 avec l'ouverture du parc Walt Disney Studios et, hypothèse soulevée à l'époque, soi-disant du 11 septembre, qui aurait eu un impact avec la crainte d'attentats sur la destination…

Edith : Oui, c'est quelque chose de récurent… Les attentats et l'insécurité peut expliquer certaines choses, mais les gros problèmes financiers viennent des investissements ainsi que du parc Walt Disney Studios arrivé trop tôt : le premier parc n'était pas à l'équilibre financier. Mais la convention [signée avec l'état Français en 1987] les obligeait à créer ce parc très rapidement, donc ils l'ont ouvert en 2002.

éP : Et depuis 2002 et cette ouverture, seul 2008 a été rentable, et de très peu [moins de 2 millions d'euros…].

Edith : Exactement, que du négatif.

éP : Pour plus de détails sur l'historique de la destination, de l'entreprise et de ses résultats, on voue renvoie au site de l'APPAED, http://www.appaed.com.

Edith : Absolument, il y a pas mal d'articles, notamment dans la partie historique. Il faut chercher un peu, mais on y trouve beaucoup d'informations.

nag : C'est bien fait, oui. C'est intéressant. Si le côté financier vous intéresse, n'hésitez pas à y faire un tour, on vous le recommande.

Edith : Merci !

éP : J'ai aussi beaucoup aimé le livre de Sébastien Roffat, Disney et la France, les 20 ans d'Euro disneyland, il va jusqu'en 2007-2008, mais il donne beaucoup d'informations intéressantes, beaucoup de détails sur l'historique de la société et des rapports entre Disney, les investisseurs et l'État français.

Edith : Absolument.

nag : Voilà pour le passé. Maintenant, on en arrive en 2011, au moment où vous fondez l'association. Ce qui va nous intéresser, c'est la fameuse OPA menée par TWDC.


éP : Oui, et ça s'est fait en plusieurs étapes menant à l'OPA, selon moi. La première étape est en 2012 avec le rachat de la dette de 1,7 milliard d'euros. La dette était détenue par les banques, Euro Disney devait de l'argent aux banques. TWDC est en quelque sorte allée voir les banques et leur a racheté la dette  : «  Euro Disney me doit de l'argent à moi ». Ceci a eu lieu en septembre 2012.

Edith : Non, les banques sont parties très tôt, en 2008-2009

nag : C'étaient d'autres personnes qui détenaient la dette, donc ?

Edith : Non, c'était uniquement TWDC puisqu'ils ont racheté tout ce qui était aux banques et à la caisse des dépots et de consignations, donc à l'État.

[Edith a commenté le podcast et est revenue sur ce passage : « certaines banques sont sorties du capital assez rapidement et progressivement. En 2012, les dernières banques et la Caisse des Dépôts et Consignations ont été remboursées et leurs créances ont été rachetées par la WDC. »]

Edith : Donc, première OPA en 2014.

éP : Donc oui première recapitalisation.

Edith : Mais une OPA aussi. Une Offre publique d'échange, de retrait, d'achat. Ça s'est déroulé en 3 parties : une recapitalisation qui fait que c'était plus exactement une augmentation de capital, les Petits actionnaires et les gros ont été invités à racheter des actions, à participer, ou à rapporter leurs actions à TWDC.

nag : D'accord. Le principe d'une recapitalisation est donc de remettre de l'argent dans une entreprise ?

Edith : Voilà, remettre de l'argent, « recapitalisation » ou « augmentation de capital » fait qu'il y a plus d'argent et, étant donné que TWDC a amené cet argent, ils ont des actions en échange. Les petits actionnaires sont donc dillués, ils ont moins d'actions par rapport au capital total. [Leur pourcentage d'actions baisse]

nag : Finalement, ils n'ont plus autant leur mot à dire sur l'entreprise, étant donné que la maison mère a une participation de plus en plus importante dans Euro Disney.

Edith : Exactement.

nag : Et le troisième point menant à l'OPA selon éParcurien, c'est la dépréciation d'actifs de 2016, c'est ça ?

éP : Oui, en 2016, les résultats annuels étaient catastrophiques avec une perte de 858 millions d'euros principalement due à une dépréciation d'actifs demandée par Euro Disney. Pouvez-vous nous donner davantage d'informations sur la question ?

Edith : C'est quelque chose qui est légal, à partir du moment où vos actifs, ce que vous possédez, ont une valeur moins importante que la capitalisation boursière, vous êtes obligée de faire une dépréciation. C'est une obligation, qui peut éventuellement amener jusqu'à faire fermer, jusqu'à une cessation d'activité.

C'est pour ça que dans la prochaine Assemblée Générale, il y a une résolution qui demande de voter contre la cessation d'activité. Et à partir de ce moment-là, la compagnie a 2 ans pour remettre ses finances à flot.

C'est pour ça que nous avons maintenant une proposition de TWDC de faire une OPA, de racheter la compagnie et de réinjecter de l'argent.

éP : En résumé, l'OPA propose de racheter chaque action à 2 euros, elles étaient valorisées à environ 1,3€. L'offre est ouverte du 21 avril au 19 mai 2017. On en aura les résultats le 1er juin et elle sera livrée le 5 juin. À partir du 12 juin, la société ne serait plus côtée en bourse, donc.

nag : J'essaie de me mettre à la place de quelqu'un qui aurait du mal à suivre tout ça. Qu'est-ce qui va se passer concrètement ?

Edith : L'OPA, l'offre publique d'achat, consiste à ce que la société qui achète propose d'acheter les actions à un certain prix : TWDC veut acheter les actions 2 € pour obtenir 95 % minimum des actions d'Euro Disney.

nag : Ils achètent donc l'action 2 €, plus que ce qu'elles ne valent, avec comme objectif d'avoir 95 %.

Edith : Oui, parce qu'avec 95 % des actions, ils peuvent demander à ce que l'action soit retirée de la bourse. C'est le minimum.

nag : Ils sont obligés d'avoir 95 %, donc. Et à quoi ça mène, un retrait de la bourse ?

Edith : Les actions n'existent plus, elles ne sont plus côtées, elles ne valent donc plus rien.

nag : Donc qu'est-ce que ça veut dire pour les petits porteurs d'actions ?

Edith : Ça veut dire qu'on nous met dehors, tout simplement.

nag : Et vous le vivez comment ?

Edith : C'est frustrant, décevant. La plupart des membres de l'APPAED sont des fans qui ont acheté des actions pour posséder une partie de la magie, une partie du rêve. C'est très décevant.

nag : Et après une telle OPA, il ne sera plus possible d'acheter une action Euro Disney du tout ?

Edith : Il y a 2 possibilités :

- Soit à la suite de l'OPA, ils ont 95 % et décident donc de retirer l'action de la côte le 12 juin et font une recapitalisation.

- S'ils n'ont pas les 95 %, on passe à une recapitalisation, ils injectent 1 milliard et demi qui seront reconvertis en actions, ils auront donc automatiquement plus de 95 %.

nag : C'est ici que s'arrête, hélas, notre entretien, suite à quelques osucis techniques. On remercie Edith pour sa présence et sa participation. Nous avons eu quelques soucis d'enregistrement.

Pour restituer la fin de l'échange, Edith expliquait que soit TWDC aurait 95 % suite à l'OPA et pourrait mettre un terme à l'action, soit ils réinjecteraient 1,5 milliard d'euros, qui seront convertis en actions et leur permettront d'atteindre les 95 % du capital. Dans tous les cas, ça passera, et ils n'auront plus à rendre de comptes et à faire d'Assemblées Générales. Les petits porteurs avaient de toute façon un pouvoir très restreint. La dernière sera le 31 mars, Edith y sera, plus pour discuter avec d'autres petits actionnaires que pour poser des questions. Après quoi, l'APPAED envisage de faire une association pour les anciens petits porteurs.

Quant aux investissements de TWDC, si a priori ils mettent encore plus d'argent pour faire cette OPA, c'est qu'ils souhaitent investir davantage dans le resort. C'est donc de bon augure pour les investissements.

Nous nous excusons pour ce désagrément et remercions une nouvelle fois Edith pour sa participation.